Retour sur – Journées de la FCPTS -Table ronde en plénière : Santé des soignants en ambulatoire ou de ville : isolement, épuisement et leviers collectifs – Le rôle émergent des CPTS

CPTS La Rochelle

Publié le 27 janvier 2026

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La table ronde a mis en lumière une réalité désormais incontestable : les professionnels de santé exerçant en ville ou en ambulatoire sont de plus en plus exposés à l’isolement, à la perte de sens, à l’épuisement émotionnel et au risque de burnout. Les intervenants ont rappelé que le travail, naturellement exigeant, peut être porteur de plaisir lorsque les conditions d’exercice sont réunies. Mais de nombreux facteurs viennent aujourd’hui enrayer cette dynamique positive.

Un état de santé alarmant chez les internes et jeunes professionnels

Les données présentées par Adhika BOKHARI (Syndicat des internes de MG) sont particulièrement préoccupantes :

  • Un tiers des étudiants en médecine présentent un déficit de caractéristiques essentielles à l’équilibre psychique.
  • Deux tiers sont en situation de burnout.
  • Un interne sur cinq a eu des idées suicidaires dans l’année.
  • Le temps de travail moyen atteint 59 heures par semaine.

 

Ces résultats confirment une accumulation de risques : intensité du travail, forte charge émotionnelle, insécurité des environnements d’exercice, rapports sociaux dégradés.

À cette analyse s’ajoutent des chiffres avancés par le Dr Marion LASSALLE (OMS Europe) montrant une fragilité similaire chez les soignants confirmés :

  • 28 % des médecins présentent des signes de dépression.
  • 32 % des infirmiers sont concernés.
  • 14 % des professionnels ont connu une situation suicidaire dans les 15 derniers jours.
  • 40 % ont connu un arrêt maladie au cours des deux dernières années.

Ces données traduisent une souffrance systémique, présente dès la formation initiale.

Des leviers d’action convergents : collectif, coopération et espaces de discussion

L’un des messages clés de la table ronde est le rôle essentiel de la communauté professionnelle pour réduire l’isolement. Les CPTS sont identifiées comme un levier majeur pour :

  • Créer des espaces de discussion sur le travail, considérés comme l’outil le plus efficace pour prévenir l’épuisement.
  • Offrir un soutien entre pairs, reconnu comme la mesure la plus performante dans la littérature internationale.
  • Rééquilibrer contraintes et ressources dans l’exercice libéral.
  • Repérer les signes faibles chez les collègues et structurer des parcours de prise en charge.

Plusieurs CPTS ont déjà engagé des actions innovantes : soirées conviviales, ateliers sécuritaires (posture face à l’agressivité), formations en communication, groupes d’échange interprofessionnels.

Professionnaliser l’entraide : le DU « Soigner les soignants »

Le Dr Victor Julien a présenté ce diplôme visant à former les soignants à accompagner leurs pairs en difficulté. Il aborde la posture délicate entre aide, respect, non-jugement et orientation vers des prises en charge adaptées.

Des enjeux de fond : formation initiale, perte de sens, accès aux soins pour les soignants
La table ronde a rappelé plusieurs fragilités structurelles :

  • Une formation initiale insuffisamment tournée vers la coopération interprofessionnelle, la gestion de l’erreur ou la reconnaissance de la vulnérabilité.
  • Une perte de sens, nourrie par le manque de temps, l’impossibilité de réaliser un travail jugé « bien fait » et l’écart avec les valeurs initiales du métier.
  • Une difficulté pour les soignants à accéder eux-mêmes à des soins psychologiques ou psychiatriques, par crainte du jugement et manque de confidentialité sur leur territoire.

Les intervenants ont recommandé la création de parcours spécifiques pour les soignants et le développement d’observatoires de leur santé mentale, avec un suivi prospectif à long terme.

L’enjeu du financement et de la légitimité des actions des CPTS

L’utilisation des fonds dédiés à la prévention a été discutée : certains territoires se voient refuser des projets sur la santé des soignants au motif que ce n’est pas une mission explicite des CPTS. Or, l’analyse partagée est claire :

« La bonne santé des usagers nécessite des soignants en bonne santé ».
De ce fait, soutenir la qualité de vie au travail des professionnels participe directement à la continuité des soins, à l’attractivité territoriale et à la sécurité des patients.

Perspectives opérationnelles pour les CPTS

Les principales recommandations issues de l’échange :

  • Développer le repérage des signaux faibles de souffrance.
  • Former des référents « santé des soignants » au sein des CPTS.
  • Structurer un parcours territorial de soin dédié aux professionnels.
  • Renforcer les partenariats avec les associations spécialisées.
  • Intégrer la santé des soignants aux indicateurs suivis par les CPTS.
  • Promouvoir l’interprofessionnalité dès la formation initiale.